Quand on dit Feydeau, on pense maris trompés, cocottes coquètes et vénales, amants dans le placard et portes qui claquent. Philippe Adrien n’a pas gommé ces clichés du vaudeville dans son Dindon, ils les a observés, démontés et remontés pour en faire les ressorts d’une mécanique de précision. Celle d’un théâtre de l’absurde, surréaliste et flirtant avec la folie.
La vertueuse Lucienne est en proie aux avances du maladroit Rédillon et du fougueux Pontagnac. Elle ne trompera pas son mari, le brave Vatelin, à condition que lui-même soit un exemple de fidélité. La machine infernale se met alors en marche quand surgissent l’exmaîtresse volcanique du mari exemplaire, Madame Pontagnac, d’anciens amants, de nouveaux soupirants, des épouses outragées, un Londonien à l’accent marseillais et un commissaire de police.
Il n’y a pas de drame humain qui n’offre quelques aspects très gais.
Georges Feydeau
Le sol tourne, les têtes aussi, les pulsions irrésistibles dominent et c’est un manège cauchemardesque qui emporte les personnages dans une danse vertigineuse. Il y a de Kafka pour le fantastique, de Ionesco et de Beckett pour l’absurde, de Molière pour la farce et la satire sociale... Les comédiens jouent jusqu’à l’étourdissement ce chavirement des âmes et leur talent subversif donnera aux femmes la maîtrise de leur destin, transformant les hommes en objets sexuels...
Qui donc alors sera le dindon de la farce ?










