Nous avions eu le plaisir de découvrir la voix sombre et envoûtante de Ruth Rosenthal, chanteuse israélienne, en compagnie de Rodolphe Burger la saison passée alors qu’elle incarnait la version hébraïque du Cantique des cantiques et des poèmes de Marmoud Darwich.
Dans « Jérusalem - Plomb durci » nous la retrouvons accompagnée de son complice Xavier Klaine. Ce duo de musique avait enregistré à l’occasion des anniversaires simultanés de l’état d’Israël et de la « réunification » de Jérusalem en 2008, une pièce sonore intitulée Jérusalem Syndrome.
Forts de cette expérience, « Jérusalem - Plomb durci » est né de la volonté de développer ce travail en créant une performance documentaire basée sur les images de cérémonies et de célébrations mémorielles et nationales.
Seule sur scène, Ruth Rosenthal s’expose avec force et conviction. Pleine d’une fascinante retenue, le corps emprunt d’une gestuelle simple et expressive, elle nous propose sa vision, celle d’une israélienne sur son propre pays. Entre les résolutions de l’ONU et les émissions télévisées, elle devient notre fil rouge, la présence éclairante d’une histoire complexe et polémique.
Cette pièce singulière met à jour un système très organisé qui place l’instrumentalisation de l’émotion au coeur de la machine de guerre d’Israël :
La douleur, la mémoire et le courage sont célébrés de toute part, les codes et les symboles sont étirés jusqu’à l’épuisement. Les chants, les discours, les sirènes et les danses sont omniprésents de la naissance à la mort des individus, qui, pris en otage par un système implacable deviennent les acteurs d’une éblouissante et macabre hallucination collective et se projettent dans un tourbillon violent, triste et national. Israël accélère sa fuite en avant désespérée et vaine : la dictature émotionnelle. ![]()


Documentaire (2004) en arabe, hébreu et anglais sous-titré en français (durée 1h24).


