Salves est un songe, aux frontières de la tragédie et du burlesque. Maguy Marin pose un nouvel opus à sa trajectoire unique d’artiste chorégraphe, témoin de son temps et de ses affres. Encore une fois aucune étiquette ne colle à sa vision de la danse, cette manière qu’ont ses interprètes, tous compagnons de longue date, d’être tout à la fois danseurs, clowns, mîmes, choeur antique ou figures sorties d’un film muet.
Maguy Marin a « un étonnement inapaisable de ce qui compose le monde », ainsi elle cherche, partage ses questionnements et ses réflexions, usant de la scène comme une palette où elle juxtapose les couleurs, les corps, la musique, les images...
Après celle de Lucrèce, la pensée de Walter Benjamin, grand penseur du xxe siècle, donne sens au chaos, grave et drôle, au mouvement perpétuel qui se déploie sous nos yeux. Lucide mais pas désenchantée, une phrase écrite sur un tableau symbolise à elle seule l’absurdité des existences mais aussi cette inextinguible force de vie qui habite les hommes, cette joie qui résiste aux heures les plus sombres.
Nous aimons échapper
à ce qui est reconnaissable et attendu.
Maguy Marin
Saisir le monde mais aussi l’inventer, c’est bien de cette idée qu’est fait Salves. Ainsi cette communauté qui tourne, court
et s’agite sur le plateau subit la société autant qu’elle la fabrique. Ils construisent un espace social, assemblent des tableaux
vivants, pour les déplacer, les transformer sitôt achevés. Tout est sans cesse en mouvement, rien ne dure, ni ne se fige,
on peut alors tout imaginer, tout réaliser, le plateau devient le lieu des possibles.
Expérience sensible et esthétique, Salves pose, entre absurdité et gravité, la question de l’action, du sens de nos vies, de ce que nous fabriquons ensemble...










